Post-Covid-19 : où en est-on de la RSE ?


mercredi 10 juin 2020 Facebook Twitter LinkedIn Google+ RSE,Sens



Véritable argument de marque employeur, la RSE est devenue un grand classique de la communication RH et a envahi (presque) toutes les publications de votre feed LinkedIn. Sauf que, fin 2019-début 2020, une crise sanitaire mondiale est survenue et a rebattu toutes les cartes. Avec la pandémie de Covid-19 est venue le confinement et, maintenant, l’heure est à la relance économique. Tout cela, ça laisse quelle place à la RSE ?

Le contexte socio-environnemental actuel, l’éveil de la conscience écologique, le retentissement du désir de sens au travail sont autant de facteurs qui ont poussé les entreprises à développer leur politique de RSE. Plus qu’un simple argument de marque employeur, la RSE est aussi définie d’un point de vue législatif. Ainsi, la loi Sapin 2 (2016), soumet les entreprises à un devoir de vigilance. Concrètement, cela veut dire qu’elles ont l’obligation de consigner les informations relatives aux actions de prévention de la corruption dans leurs rapports de gestion.

RSE, RSE… En fait, ça englobe quoi ? Les mesures prises par une entreprise pour préserver l’environnement bien sûr ; mais pas uniquement. Elle intègre également différentes questions autour du bien-être au travail, de l’éthique, de la transparence de la lutte contre la corruption. En résumé, la RSE, c’est tout ça :
gouvernance de l'organisation, droits de l'homme, relations et conditions de travail, environnement, loyauté des pratiques, questions relatives aux consommateurs, communautés et développement local

Greenwashing RH ou réalité ?

Il s’agit donc bien de mettre en place des process et habitudes pour limiter l’impact écologique de l’entreprise ; mais le volet social est également très important. Une entreprise avec un fort engagement RSE est d’abord attentive à ses collaborateurs. Elle s’engage à respecter les principes d’équité, de mixité, d’égalité salariale et de bienveillance pour que chacun trouve du sens et de la satisfaction au travail.

Dans tous les cas, pour être authentique et adoptée, la RSE doit refléter une réalité vécue par toutes les parties prenantes de l’entreprise. En effet, elle est aujourd’hui devenue un des arguments fétiches des entreprises pour attirer les candidats. C’est très bien, mais, le revers de la médaille n’est parfois par très loin : le Greenwashing RH.

À ce sujet, on trouve une intervention intéressante dans l’article de HR Voice “Vers du greenwashing version RH ?” :

Les salariés n’attendent pas des babyfoots ou des sièges massants pour être ‘simplement’ bien au travail […] [mais plutôt de] ne pas avoir ‘la boule au ventre’ le matin en allant travailler, de ne pas penser au boulot le soir, la nuit, le week-end […] tout le monde n’est pas à la recherche d’entreprise « fun » et dans le « vent » avec des crèches d’entreprise, des salles de jeu ou des cours de yoga. Les gens recherchent […] l’absence d’une pression infernale qui anéantit les salariés au bout du compte. Le reste doit rester du bonus mais ne doit pas remplacer ce que l’on pourrait appeler « l’essentiel ».

On dit souvent que les crises permettent de faire la lumière sur la vérité. Et c’est arrivé fin 2019 – bien que les effets en France ne se soient fait pleinement ressentir qu’à partir de mars 2020. Avec la pandémie de Covid-19, les entreprises ont dû repenser leurs chaînes d’approvisionnement, le management de leurs collaborateurs ou encore leurs règles d’hygiène et de sécurité au travail.

Force est de constater que, durant cette période compliquée, les entreprises ayant développé une réelle politique de RSE sont celles qui ont eu le moins de difficultés à s’adapter aux changements organisationnels induits par la mise en confinement du pays. Francesco BELLINO, directeur associé en charge de la Sustainability au Boston Consulting group, a notamment fait ce constat et l’explique par une certaine aisance à instaurer “un solide dialogue avec les parties prenantes” et à “agir plus rapidement de façon coordonnée avec leurs collaborateurs“.

Quelle place pour la RSE pendant et après la pandémie de Covid-19 ?

S’il y avait besoin d’une nouvelle preuve, RSE et pérennité ne sont pas incompatibles, au contraire. Plusieurs études démontrent que les entreprises qui gèrent le mieux tous ces changements sont celles qui chez qui la RSE fait partie intégrante de leur ADN.

En premier lieu, de par la soudaineté du confinement, elles s’en sortent grâce à leur flexibilité. En effet, la situation exigeait des prises de décision rapides ; des facultés d’adaptation vis-à-vis de la sécurité de leurs équipes, clients et partenaires ; une confiance mutuelle entre managers et employés. Aussi, le fonctionnement en télétravail s’est généralisé et les entreprises ayant déjà mis en place ce système par le passé ont pu être plus rapidement opérationnelles. Et l’efficacité au travail n’en a que très peu souffert.

Leur deuxième facteur de réussite permet en plus de vérifier l’authenticité et l’efficacité de la politique de RSE de l’entreprise. Il s’agit de l’engagement des collaborateurs. En termes de RSE, les équipes sont le premier public à prendre en compte. Si chacune et chacun se sent, lui et son travail, valorisé au sein de l’organisation, sa motivation et son sentiment d’appartenance n’en sont que plus forts. Une culture d’entreprise basée sur la reconnaissance, la bienveillance et, comme dit plus haut, la confiance contribue à renforcer la cohésion et à responsabiliser les équipes. La manière dont les entreprises ont réagit à l’annonce du confinement (priorisation de la sécurité des collaborateurs, écoute) a également joué sur cet engagement.

Les questions économiques et législatives notamment font bien évidemment partie des préoccupations urgentes des entreprises. Beaucoup de décisions ont été, à raison, prises dans l’optique de trouver une solution immédiate, dans une vision à court terme. Il est maintenant temps de prendre du recul se projeter dans le long terme.

Quelles leçons devons-nous tirer ?

En 2020, c’est la première fois dans notre contemporanéité qu’une crise sanitaire freine autant l’économie en France. Le choc est absorbé de manière plus ou moins brutale par les entreprises et elles ont toutes dû réagir. De cette période trouble sont alors nés des élans de solidarité, des projets “for good” ; d’autres entreprises réorientent leurs stratégies, se diversifient, apprennent à travailler différemment.

Cet état d’esprit et ces enseignements sont précieux pour nous aider à affronter les autres crises que nous traversons actuellement : celles du réchauffement climatique, de la biodiversité, les crises sociales et sociétales… Si nous voulons les traverser, nous devons changer et, côté entreprise, opter pour des business models plus respectueux des enjeux sociaux et environnementaux.

Après chaque crise, pour progresser, nous devons prendre le temps de faire un bilan. Le Covid-19 nous a forcés à repenser l’entreprise et ses responsabilités socio-environnementales. Posons-nous donc ces questions : que devons-nous commencer ? Que devons-nous arrêter ? Que devons-nous garder et/ou améliorer ?

Si nous prenons l’exemple du télétravail, sa mise en place répond à un souhait de plus en plus souvent émis par les salariés. Cela ne signifie pas que le futur du travail doit se faire 100% en home-office – cela convient très bien à certaines équipes, mais toutes ne désirent pas un tel fonctionnement. Rendre le télétravail plus accessible, en alternance avec le présentiel peut être un bon moyen de satisfaire les collaborateurs et de les aider à trouver un équilibre entre leur vie personnelle et professionnelle. Les bénéfices se mesurent aussi en termes d’écologie : moins de véhicules sont en circulation et les émissions de CO2 sont réduites.

Une chose est sûre : 2020 a commencé avec de grands chamboulements dans notre vie quotidienne. Pour transformer cela en positif, l’essentiel est de faire le point, tirer des enseignements de cette crise. Plus que jamais, nous devons faire progresser l’entreprise en priorisant les solutions sociales et environnementales.

Commentaires